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Résumé :
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Depuis la fin du siècle dernier, les émotions suscitent un regain d’intérêt dans de nombreuses sciences humaines et sociales. Ce renouveau, que certaines autrices ont qualifié de « tournant affectif »(1), a en partie été influencé par les avancées en neurosciences qui ont permis de démontrer la relation étroite entre émotivité et capacités rationnelles, décisionnelles et pratiques(2). Les sciences sociales appréhendent les émotions non plus comme de simples états psychiques individuels mais comme construites socialement (3). Cette attention portée aux émotions a permis d’introduire une dimension affective à l’étude des faits sociaux, politiques et donc juridiques. C’est ce dernier aspect qu’étudie le courant de recherche Law & Emotion. Ce courant, né dans la culture de Common Law et encore embryonnaire dans les systèmes de Civil Law (4), étudie la manière dont les émotions influencent le raisonnement juridique dans la production normative (5) et dans l’activité judiciaire (6). Ce faisant, elle interroge les fondations mêmes de la discipline juridique qui n’envisage le droit que comme objet rationnel et objectif(7). (Extrait de RFUL, 3/2022, p.445)
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